La sexualité des seniors, à la poursuite du plaisir

[Article invité : Julie-Anne de Sée, auteur érotique aux éditions Tabou. Elle sera à Paris pour une séance de dédicace le 2 octobre. Save the date ! Si vous ne pouvez venir, découvrez son blog et sa page google + ]

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© Patrick Simon

Depuis que l’homo est devenu erectus et a adopté la station debout – comme sa femelle d’ailleurs – du temps a passé sous ses semelles. Que sont quelques décennies en regard de la longue marche de l’humanité ? Vous venez de passer le cap de la quarantaine ? Celui qui vous fait entrer dans le monde merveilleux des « quinquas » ? Vous abordez la soixantaine ? Si vous considérez votre anniversaire comme une balise de mauvais augure martelant l’inéluctable compte à rebours comme une vieille comtoise grincheuse, posez-vous cette question : n’est-ce pas du temps perdu que de déplorer un âge que l’on regrettera dans dix ans ? N’est-ce pas tenter de lutter contre des moulins à vent qui ne s’arrêteront pas pour autant de tourner ? Il convient d’accepter de découvrir à chaque étape un nouveau continent riche de plaisirs d’autant plus que les choses ont considérablement évolué, en particulier depuis les années soixante-dix. Découverte !

Que dévoilent les enquêtes sur la sexualité des femmes dites « mûres » ?

Statistiquement, l’âge de la ménopause est à cinquante et un ans. Symboliquement, c’est le deuil de la fécondité. D’ailleurs, souvent les enfants sont pratiquement élevés, les femmes toujours actives mais avec des contraintes amoindries. Elles reprennent en main leurs envies et leurs désirs, les assument dans l’unique quête de leurs plaisirs. Il en va de même pour leur sexualité. Ainsi, en 1970, chez les femmes âgées de cinquante ans et plus 49 % avaient eu des rapports dans l’année, pour 86% en 2006, 55% des cinquante à soixante-neuf ans considérant qu’il est nécessaire d’avoir des rapports sexuels réguliers pour se sentir bien (Enquête sur la sexualité en France, Nathalie Bajos et Michel Bozon, La Découverte, 2008).

Claudine, une nouvelle joie de vivre

Sous la chevelure courte et blanche dont la frange effleure les lunettes à fines montures, l’œil pétille, espiègle, le sourire est enjôleur. Claudine est élégante avec discrétion, seulement un peu désolée de ses rondeurs. Ses rides ? Pas question d’y toucher, elle estime qu’elles lui vont bien. Elle est en revanche fière de son 95C qu’elle laisse plus qu’entrevoir avec des décolletés souvent profonds. Si elle a largement dépassé la soixantaine, ce n’est pas pour autant qu’elle a renoncé au sexe, bien au contraire !

Elle en parle volontiers très ouvertement. Divorcée de longue date, des grands enfants qui ont eux-mêmes des enfants, c’est dans son appartement de « célibataire » à la décoration raffinée qu’elle reçoit ses amants. Ceux de son âge, avec lesquels elle a pensé un moment se poser. Celui qui, de vingt ans son cadet lui est très fidèle depuis une vingtaine d’années, bien que marié à une femme plus jeune que lui. Si Claudine a récemment rencontré un monsieur plus âgé qu’elle avec lequel un nouvel amour fou est né, elle a eu un peu de mal à se « séparer de l’amant si doué qui la faisait à tous les coups grimper aux rideaux ! » dit-elle en éclatant de rire.

Le secret de sa joie de vivre ? Elle se sent belle et désirée dans le regard de ces hommes, qui d’ailleurs le lui disent. Avec son âge, ses rides et ses rondeurs.

Evelyne, un indispensable équilibre

La mise BCBG un peu stricte, le cheveu savamment coloré et coupé dans un salon chic du seizième arrondissement, Evelyne cache davantage son jeu. Mariée depuis plus de quarante ans à un homme qu’elle aime toujours, pour lequel elle éprouve respect et tendresse, elle a trouvé son équilibre dans une double relation extra conjugale. Quand les médecins ont diagnostiqué la grave maladie dégénérative de Paul douze ans en arrière, elle a cru que son univers s’écroulait. Elle a fait face avec lui, le soutenant de son mieux. Mais la maladie a progressé rapidement, privant le couple d’une sexualité jusqu’alors épanouie. Ce à quoi Evelyne ne pouvait pas renoncer. Alors, elle s’est mise en quête et le hasard faisant bien les choses, non pas un mais deux amants sont apparus dans sa vie.

Son regard vert d’eau fixe le lointain quand elle évoque cette situation qui la comble totalement. Elle n’a jamais voulu choisir l’un (plus jeune qu’elle) au profit de l’autre (plus âgé) puisqu’ils se complètent pour son plus grand bonheur. Ce que Paul ne peut plus lui offrir, elle le trouve dans les bras des deux hommes dont son mari ignore et ignorera toujours l’existence.

Dans sexagénaire, il y a le mot sexe ma chère !

Un sourire coquin éclaire son visage quand elle cite la petite phrase de l’un de ses messieurs pour son soixantième anniversaire : «Dans sexagénaire, il y a le mot sexe ma chère ! » Auprès de Paul, elle se dévoue et fait tout pour lui adoucir la vie, partageant souvent avec lui la présence joyeuse de leurs petits-enfants. Elle organise ses moments d’escapade, sachant être à l’écoute de ses propres désirs, profitant pleinement de ses parenthèses grâce auxquelles elle a trouvé un nécessaire équilibre. Sans se préoccuper de son âge et en jouissant pleinement de ces clins d’œil de la destinée quand elle se pensait sur un triste déclin…

Qu’en pensent les hommes ?

Si Stephen Vizinczey fait l’«Eloge de la femme mûre », il n’est pas le seul auteur à avoir expliqué le plaisir d’aimer une femme qui a dépassé l’âge de procréer. Ce sont les très réjouissantes réflexions de Stéphane Rose qu’il faut lire ici « Aimer un corps mûr, c’est accepter de (…) renoncer aux normes de fraîcheur et de jeunesse qui conduisent alors immanquablement à désirer une femme parce qu’elle est « bien conservée », parce qu’elle a « su s’entretenir », parce qu’elle « ne fait pas son âge », bref parce qu’elle a su perpétuer la jeunesse de son corps considérée comme une valeur, entretenu à coups de (…) Botox, lifting (…). Aimer un corps mûr, c’est désirer, précisément, les traces du temps, associées à cette espèce d’assurance posée que véhiculent les femmes qui ont un peu vécu, cette force intérieure, ce blindage qu’elles bâtissent sur la résignation d’une jeunesse de plus en plus loin derrière elles. En perdant l’arrogance de la jeunesse (…) les femmes âgées gagnent l’arrogance de l’expérience, de la maturité revendiquée (…) une espèce de dédain, d’apparence d’inaccessibilité blasée qui donne envie de les conquérir (…) » (extrait de Pourvu qu’elle soit rousse de Stéphane Rose).

Inexorablement, le temps passe. L’espérance de vie allonge, la santé est protégée et aujourd’hui, 6% de femmes au-delà de quatre-vingts ans ont toujours une vie sexuelle. Des exceptions ? Peut-être, mais songez que Ninon de Lenclos, courtisane célèbre pour sa sexualité débridée autant que pour son bel esprit fêta ses 80 ans justement… en cédant aux avances pressantes d’un abbé jouvenceau de 20 ans, totalement fou d’elle !

Et vous, savez-vous profiter pleinement de chacune de vos dizaines d’années ?

3 réflexions sur “La sexualité des seniors, à la poursuite du plaisir

  1. Oui la sexualité des seniors dont je fais partie, pff, je ne veux pas l »admettre,…….existe bel et bien, j’en profite bien, crois moi, j’aime le sexe depuis toujours, ce n’est pas un crime, mais du plaisir.. Belle nuit à toi….

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  2. Au sujet de la sexualité des sexagénaires, j’en suis une,je peux dire que maintenant je vis une vie sexuelle épanouie, je n’ai jamais eu tant de plaisir c’est super excitant quand on peut se donner à fond, on a le temps, et on en profite

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