C’est la rentrée, Vive les Femmes Profs !

[Article invité : Julie-Anne de Sée, auteur érotique aux éditions Tabou. Découvrez son blog et sa page google + ]

Soleil femme libidoNous avons toutes traîné nos fonds de jeans sur les chaises d’un lycée aux côtés de condisciples mâles. Souvenez-vous… Quelle place occupaient-ils, et vous, où étiez-vous assises pendant les cours au tournant des années 90 ?

Les fortes-en-tout, dont vous faisiez forcément partie, étaient groupées côté couloir, le stylo en alerte permanente. A l’opposé, côté cour, les joyeux rêveurs se situaient plutôt vers les dernières rangées, un œil surveillant l’extérieur, l’autre en panoramique sur l’ensemble de la classe. De ces places privilégiées, qui, comme eux, n’a jamais balancé dans le dos du prof l’avion en papier portant l’inscription pleine d’humour : « Tartebatte, t’as du poil à la chatte » ? Les chaises du premier rang central étaient squattées à l’année comme des prie-Dieu dans une église par quelques pimbêches amoureuses du prof de physique. Les mecs, selon les cours, les délogeaient régulièrement pour piquer leur place.

Parce que les profs, eux, dans leur grande majorité étaient, et sont restés, des FEMMES ! C’est en fonction du type de femme prof que l’occupation de l’espace-classe fluctue. Tel le dompteur ou la petite souris, c’est en sautant d’un pied léger ou en gravissant péniblement la marche de l’estrade que LA prof fait son entrée pour officier une heure durant. Non, toutes les enseignantes de mathématiques ne sont pas des binoclardes perdues dans leurs théorèmes. Certaines sont même de vraies bombes ! Ne soyez donc pas étonnée que votre Alexandre soit devenu accro à une matière qu’il avait jusqu’alors tout autant ignorée que sa Sophie-la-girafe, conservée pourtant dans votre boîte à reliques avec une tendresse fervente.

La prof sexy

A la fin des nineties, pourquoi Romain, Guillaume ou David, se ruaient-ils tels des lions prêts à bouffer des chrétiens dans l’arène sur la rangée du milieu quand Mademoiselle Martin, fraîchement agrégée de maths, arrivait en cours ? Parce qu’elle avait dans la silhouette du Claudia Schiffer mâtiné de Cindy Crawford. Quand elle ôtait son imper, le taux de testostérone passait en alerte rouge chez les joyeux potaches de sexe mâle et devenait presque palpable. Tout juste s’ils ne se mettaient pas à hurler comme le loup de Tex Avery devant sa pin up.

Peu frileuse, la blonde matheuse arborait hiver comme été un t-shirt moulant et décolleté sur un généreux 95 C, pigeonnant dans son Wonderbra. Souvent rose fuchsia, le haut contrastait joliment avec son jean en denim bleach qui lui faisait un cul d’enfer ou sa mini-jupe de daim noir. Comme elle n’était pas très grande, elle devait se hisser sur la pointe de ses escarpins en levant les bras pour commencer sa démonstration tout en haut du tableau. C’était à cet instant précis que Romain devenait cramoisi et laissait tomber son stylo. L’objet malicieux roulait par hasard hors de sa portée, au pied de l’estrade, l’obligeant à ramper pour le récupérer… Quand Miss Martin, bonne fille, se baissait à son tour en tournant le dos à la classe pour ramasser le crayon, les autres garçons du premier rang frisaient le coup de sang. En dépit d’un courrier au proviseur demandant à conserver leur prof en terminale, ce fut Madame Labory qui vint les préparer au Bac. Vite surnommée Le Mètre Cube, sexagénaire et auvergnate d’origine, elle devait accuser sans forcer les cent vingt kilos au pesage pour un mètre cinquante-cinq. Quand elle déclara d’entrée de jeu à la classe atterrée, accent rocailleux en prime « Je suis les norrrrmes mathématiques », la phrase fut interprétée au vol, déclencha un fou-rire général suivi d’une distribution d’heures de colle.

La prof nounou

Presque aussi sexy que la précédente, elle a aussi un certain succès. Souvent mariée dans le civil, parfois pourvue de marmaille, elle a entre trente-cinq et quarante-cinq ans. Son engagement, très affectif, auprès de ses élèves donne à penser aux garçons qu’il s’agit peut-être d’une cougar. Elle se garde bien de démentir cette rumeur, relayée en salle des profs par Radio-Vipère. Elle fait surtout office d’assistante sociale, de nounou, d’infirmière, de psy, accessoirement de prof. De lettres ou de langue. Océane, de 1ère 4, par exemple, ne sait toujours pas écrire trois phrases cohérentes sans aligner une douzaine de fautes. Par contre, elle a été sauvée de la déprime dans laquelle elle commençait à plonger quand ce salaud de Valentin l’a plaquée pour une pouffe de Terminale E. C’est Madame Edouard qui lui a prêté ses kleenex et une oreille attentive pendant une heure dans la salle des profs. Vide bien sûr puisque ses collègues, eux, faisaient cours sans imaginer le drame qui se jouait à leur insu. Les élèves de 1ère 4, délaissés pendant ce temps, avaient tiré les rideaux, éteint la lumière de leur salle pour écouter « La Isla Bonita » à donf. Le CPE y avait alors dû faire une intervention musclée car des effluves suspects qui ne sentaient pas que le tabac blond étaient parvenus jusqu’à son bureau.

La prof vielle fille (type 1)

La jeune prof célibataire est l’un des fleurons de l’Ed. Nat. (traduisez Education Nationale). Ce prof n’a aucun sex-appeal, pas d’enfants, pas de mari, pas de copain, parfois quand même une vieille maman. Elle s’investit totalement dans son métier pour lequel son abnégation est sans limites. Elle s’est fixé une mission, elle est la Jeanne d’Arc de la SVT, la Charlotte Corday de la Physique-Chimie. Vêtue d’un sempiternel tailleur copie-de-Chanel qu’elle a confectionné de ses blanches mains -la couture est son seul hobby, son unique plaisir solitaire – elle fait entendre haut et fort la voix de SA matière scientifique. Pour totaliser ses dix-huit heures de cours hebdomadaires, elle exerce son sacerdoce dans six classes, chacune comptabilisant un peu plus de trente élèves. Non seulement elle les connaît tous, mais encore elle leur fait hanter régulièrement ce haut lieu de pèlerinage qu’est pour elle la Cité des Sciences. Aucune expo n’échappe à sa conscience professionnelle, au grand dam de ses collègues qui cherchent leurs élèves partout quand ils sont en « sortie pédagogique ». Elle termine l’année comme un marathon, le teint livide, au bord de la syncope. Mais elle a accompli son Devoir. Même si elle s’est vengée en baissant toutes les moyennes parce que pour les élèves, le plus chouette, à la Villette, c’était le bar. Où ils étaient allés s’empiffrer de sucreries et de coca après l’avoir semée au détour d’un escalator…

La prof vielle fille (type 2)

A quelques encablures de la retraite, la prof-toujours-célibataire est devenue bien plus réjouissante (en un seul mot). Sur Internet elle a trouvé plusieurs «âmes sœurs » et elle s’éclate le dimanche après-midi dans un thé dansant parisien à chaque nouvelle rencontre qu’elle ramène chez elle pour le dernier verre. Le lundi, le retour à la salle de classe devient plus difficile, ce dont les élèves abusent avec la cruauté caractéristique de l’ado moyen. Elle tient pourtant le choc, se rit des menaces de mort taguées sur son tableau avant son entrée dans la cage aux fauves. Elle laisse supposer aux facétieux graphistes anonymes qu’elle a quelque talent en magie noire et qu’elle ne manquera pas de jeter un sort aux responsables des graffiti à l’orthographe calamiteuse. Ce qui fait blêmir Mamadou, l’auteur du « On aura ta pot, sal… » Qui se promet illico d’aller consulter le marabout désenvoûteur qui exerce à Aulnay-sous-Bois. Elle fait de très longues pauses café à la récré, les yeux brillant de convoitise pour les alléchants fessiers du nouveau collègue prof de gym. Il est très joli garçon, a trente ans de moins qu’elle et lui remonte le moral. En échange de quoi, elle lui raconte des blagues grivoises, l’eau à la bouche et la main baladeuse.

Les profs sont-elles vraiment… des femmes ?

De nos souvenirs à la réalité professorale quotidienne, il y a à peine un pas. Les stéréotypes ont la peau dure et les mythes sont vivaces. Cependant, après avoir mené à bien de longues années d’études, passé -et repassé- des concours de haut niveau, la réalité « du terrain » que découvrent ces enseignantes est souvent à des années lumière de leurs rêves et de leurs illusions. Elles sont bien aussi des femmes, avec leur vie, leur intimité de femmes, trop souvent propulsées sans ménagement dans une jungle sauvage et oppressante. Elles travaillent alors très dur, petits soldats au service de l’Institution, tout en essayant de préserver leur intégrité féminine…

Quand votre Antoine ramènera son bulletin auquel figure un 02 souligné d’un trait rouge et rageur par sa prof d’allemand, ne vous ruez pas sur cette quiche qui a forcément votre chère tête blonde dans le nez… Cherchez plutôt à savoir où votre ange est assis dans la classe et quel type d’élève il peut bien être.

Et vous, quelle élève étiez-vous donc ?

Julie-Anne de Sée (août 2015)

 

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